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Dernières notes


 "Les liaisons dangereuses" au théâtre de l'Atelier

Mise en scène par John Malkovitch, d'après un texte de Choderlos de Laclos sur une adaptation pour le théâtre de Christopher  Hampton.
Précisons d emblée que l'idée de la mise en scène à été inspirée à John Malkovitch par le spectacle des jeunes acteurs durant les auditions et les répétitions, à les regarder travailler et à se regarder travailler entre eux.
Mise en scène épurée dont le double niveau de jeu est une alternance d'expression corporelle et de station assise semi figée.
Un léger déséquilibre entre un premier acte parfois trop proche de la commedia dell'arte et un deuxième qui rétablit la dimension tragique et perverse du texte.
On frémit toujours d inquiétude lorsqu'on entend parler de l'adaptation contemporaine d'un des romans les plus importants de la littérature française; cette obsession galopante de la modernité gage de beaucoup de médiocrité.
Servi par des acteurs tous éblouissants, et dont on voit le plaisir qu'ils ont à être ensemble,une adaptation sous forme de dialogue intelligent de ce qui était à l'origine un échange  de correspondances brûlant, dicté par la liberté absolue, le cynisme, la perversité et l'esprit du mal érigé à l'état d'art pur, et par une mise en scène respectueuse de l'absolue liberté de Merteuil et Valmont, on retrouve dans ce spectacle l'image d une société frémissante et d'une révolution qui se prépare.
Etape initiatique de découverte – ou redécouverte- d'un somptueux texte qui démontre, pour ceux qui en doutaient encore,que les mauvais sentiment font en général les plus beaux sujets.
A voir d'urgence avant que les représentations ne prennent fin.

Thibault Ponroy

 "Je suis ne troué" Pierre Michaux

"Un écrivain né dans un grand pays court le risque de présupposer que sa culture de son pays lui suffit.Paradoxalement, c'est lui qui tend à être provincial"
J'ai trouvé cette citation d'Henri Michaux dans le dernier livre de Simon Leys "Le studio de l'inutilité" paru chez Flammarion.
Leys complète par une déclaration de Cioran sur le besoin maladif des artistes nés dans un "espace culturel mineur" en prenant l'exemple de Borges "acculé à l'universalité, contraint d'exercer son esprit dans toutes les directions, ne serait ce que pour échapper à l'asphyxie Argentine" et Cioran de conclure "les européens de l'Ouest, paralysés par leurs traditions (sont) incapables de sortir de leur prestigieuse sclérose".
Formidable métaphore littéraire de l'état de l'Europe contemporaine paralysée par ses certitudes et incapable de sortir de sa prestigieuse sclérose.
L'actuelle campagne présidentielle française en est une précieuse illustration.
Déni de réalité des principaux candidats, je parle au moins des 5 premiers d'entre eux,absence de vision et d'écriture d'un futur pour le moins incertain; la France est devenue la province du monde, non par manque de talents, de richesses tant économiques qu' intellectuelles, mais par absence de curiosité,d'universalité, par perte du sens de l'inadaptation, ce sentiment du précaire et du manque qui pousse à l'interrogation constante.
Inutile de se référer aux révolutionnaires de 1789 ou aux acteurs issus du Conseil National de la Résistance; ce sont autant de références inopérantes et, n'en déplaise à Stéphane Hessel ou Raymond Aubrac, ni les uns, ni les autres, ne se sont proclamés les héritiers de quelqu'un ou de quelque chose; ils ont ,en leur temps et de leur précarité, exprimé une réponse, un idéal de responsabilité , une éthique de conviction à un sentiment d'inadaptation et de manque.
En écrivant, "je suis ne troué",Pierre Michaux exprimait un manque de sa belgitude, notamment un manque d'une langue.
Toujours s'agissant de littérature, Simon Leys écrit dans ce meme livre "les artistes qui se contentent de développer leurs dons n'arrivent finalement à pas grand chose.Ceux qui laissent vraiment une trace sont ceux qui ont la force et le courage d'explorer et d'exploiter leurs carences".
Et pourtant de carences à exploiter, nous n' en manquons guère !


Thibault Ponroy

 Les collections de Gertrude et Leo Stein au Grand Palais

Le Grand Palais expose jusqu'au 16 janvier 2012 les collections partiellement reconstituées de Leo et Gertrude Stein.
Issues d'une riche famille américaine, Gertrude, écrivaine américaine en rupture stylistique, et Leo Stein, accompagné de sa femme Sarah, se sont installés à Paris au début du XXème siècle.
Ils ont constitué une collection tout à fait exceptionnelle: Matisse, Picasso, Bonnard, Manet, Gris...et leurs salons respectifs, transformés en lieux d'exposition de leurs acquisitions, ont été des rendez-vous de la création européenne la plus riche de cette période animés par la personnalité  exceptionnelle de Gertrude Stein et le regard critique de Leo sur la création contemporaine.
Cette exposition illustre l'influence de certaines personnalités sur le développement de l'art moderne au début du XXème siècle, traversée par des éclairs sur la naissance de la modernité et habitée de rencontres et d'amitiés, parfois ombrageuses, notamment entre Gertrude Stein, Picasso et Matisse.
Elle entre aussi dans la tradition des grandes émotions liées à ces collections privées où on sent autant la richesse des oeuvres exposées que la passion d'une vie de collectionneur autour de ces chefs d'oeuvres.
A l'instar des collections Thyssen, Frick, Pinault, Guggenheim, Getty....Les collections Stein figurent au Panthéon de l'humanisme.
Un ensemble exceptionnel à ne pas rater.

Thibault Ponroy

 MICHEL SERRES

Un arrêt sur image sur le monde qui nous entoure et une réflexion philosophique profonde sur celui de demain qui reste à construire. Merci à Michel Serres de prendre le recul nécessaire sur cette mutation que nous vivons où subissons sans en voir encore les finalités alors que les conséquences nous troublent déjà. Les philosophes sont essentiels, certains semblent malheureusement l’oublier....
leroiestnu.viabloga.com/files//Le_Monde_du_7_03_11.pdf

David nitlich

 François Xaver Messerschmidt (1738-1783)

Vous n'en n' aviez jamais entendu parler avant l'exposition qui lui a été consacrée  au Louvre jusqu'à fin avril ?
Moi non plus.
Vous avez raté cette exposition ?
Pas moi et c'est vraiment trop con pour vous car elle a fait partie de ces très rares moments de découvertes intenses et brutales.
Sculpteur germano-autrichien de la moitié du 18ème siècle, il a été chassé des institutions artistiques viennoises.
Sa chance ?
Parmi les pièces exposées, quelques "têtes de caractère" qui ont fait sa célébrité et traduisent son émotion révoltée et sa rupture, plus dans l'expression que dans la technique, impensable au siècle des lumières, ailleurs que dans le domaine des idées.
De l'art brut dans la réalité des grimaces, une modernité incroyable, mystère et fascination, une audace incroyable.
A défaut d'avoir vu l'exposition, précipitez vous sur son catalogue (Louvre Editions); il doit désormais figurer dans toute bibliothèque de gentilhomme.


Thibault Ponroy

 "Impromptu télévisuel"

De retour tardif à la maison mardi dernier, je tombe sur la fin de l'émission consacrée par France 2 à l'élection de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République.
Moment surréaliste: j'entends le couple Balkany disserter sur l'absence de Cécilia Sarkozy le jour du deuxième tour de l'élection présidentielle. Jusque là rien que de très normal; ils sont dans leur rôle de maquignons qu'ils assumaient plutôt bien dans leur genre.
Et puis paru Jean-Pierre Raffarin, ex Premier Ministre de son état et souvent chargé, notamment en Chine, de missions présidentielles.
A son tour il se lance dans des commentaires sur cette journée et cette absence qui, semble t'il, aurait du marquer la France et son histoire ! Et là , les bras m'en tombent: qu'un ancien Premier Ministre disserte sur un tel sujet en dit long sur le désert idéologique de la droite.
La matière ne méritait pas d'être évoquée ailleurs que dans les colonnes de Paris Match ou autre Gala; ou alors façon mémorialiste, railleuse  et impertinente, voire méchante
Saint-Simon ou rien...en l'espèce il eut mieux fallu rien !


Thibault Ponroy

 "Piss Christ" d'Andres Serrano

Deux photographies de l'artiste américain Andres Serrano ont été récemment vandalisées à la collection Lambert a Avignon où elles étaient exposées.
Parmi les oeuvres détruites, celle particulièrement polémiste et provocatrice,"Piss Christ", représentant un crucifix immergé dans le sang et l'urine.
Depuis quelques semaines son exposition avait déclenché de vives réactions d'association catholiques traditionnalistes et de l'archevêque d'Avignon, Mgr JP Cattenoz.
Andres Serrano est un habitué des polémiques  et cette dernière illustre une nouvelle fois la question de la liberté de création et d'expression vs le respect de toutes croyances et convictions ainsi que de leur expression.
Nul n'en maitrise définitivement la réponse mais, dans une démocratie respectueuse des libertés individuelles, la ligne et les limites sont tracées par la loi et mises en oeuvre par les tribunaux et uniquement par eux.
L'auto-justice, quelle qu'en soit les motivations, y compris les plus respectables, est totalement inacceptable dans un état de droit et l'histoire démontre que la défense de la liberté de création et d'expression, en dépit de ses égarements voire de ses outrances, est toujours préférable.
La limite de la démocratie c'est précisément d'être utilisée par ceux qui la combattent; c'est aussi sa grandeur et sa force.
Le vandalisme perpétré sur l'oeuvre d'Andres Serrano relève de la même logique que celle du pasteur Terry Jones en mettant en scène un autodafé d'un exemplaire du Coran.
Le fanatisme n'annihile pas le fanatisme, il l'entretient; ce sont les deux mêmes formes de violence intolérable faite a l'intelligence.
Plus prosaïquement...c'est aussi de la connerie.


Thibault Ponroy

 Ora Ito, “designer” 33 ans, chevalier des arts et des lettres : Poisson d’avril ou imposture?

Qu’a vraiment fait le “chevalier Ora Ito” ?
•    à part être le fils de son père (Pascal Morabito)
•    être l’organisateur de fêtes mémorables
•    être un “champion de la peopilasation”
•    s’être inspiré de créations déjà existantes en mettant dans l’embarras de grandes marques
•    être d’un conformisme convenu alors qu’un “créateur” du moins un vrai se doit d’être dans la rupture et dans l’invention d’un monde nouveau...

Mais revenons au fond : L’ordre des Arts et des Lettres est une décoration honorifique française qui, géré par le Ministère de la Culture (encore lui), récompense les personnes qui se sont distinguées par leur création dans le domaine artistique ou littéraire ou par la contribution qu’elles ont apportée au rayonnement des Arts et des Lettres en France et dans le monde. Je pense que cette définition est suffisamment explicite sur l’incongruité d’une telle distinction pour le “soit disant enfant prodige du design”. Dommage, Ora Ito aurait pu pour une fois se distinguer, et cela pour une cause légitime, en refusant cette décoration au nom de la vraie valeur des choses...


David nitlich

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